Comment protéger les enfants du harcèlement scolaire ?

Comment protéger les enfants du harcèlement scolaire ?

30/01/2020 0 Par Stéphanie

Vous trouverez ici comment protéger les enfants du harcèlement scolaire. Comment faire de la prévention à la maison et à l’école, comment identifier les signes, comment réagir.

En tant que parent, nous aimerions protéger nos enfants de tout ce qui peut les faire souffrir dans leur vie. Malheureusement, ce n’est pas possible pour tout, et apprendre à nos enfants à affronter les difficultés est très certainement indispensable. Mais certaines difficultés peuvent et doivent leur être épargnées. Parmi elles, le harcèlement scolaire.

Protéger les enfants du harcèlement scolaire : le rôle de la famille

Dan Olweus, premier chercheur à étudier ce phénomène dans les années 1970, affirme que le pourcentage d’élèves agresseurs est le même dans toutes les classes sociales. Selon lui, le style éducatif serait un facteur favorisant.

Pourquoi devient-on harceleur ou harcelé ?

Le manque d’affection et un modèle parental valorisant l’agressivité favorisent le développement d’un enfant harceleur, selon Dan Olweus. Le harceleur a un fort besoin de domination et peu d’empathie. Il n’a pas toujours une volonté délibérée de nuire. Parfois, l’agresseur peut même avoir le sentiment d’être victime de la malveillance de sa victime, ce qui justifie, selon lui, ses actes. Toutefois, c’est une nécessité pour lui de manifester son pouvoir et sa domination et d’obtenir de l’admiration.

L’enfant choisi comme victime a généralement une particularité qui sert de fondement aux attaques de l’agresseur. Il peut :

  • souffrir d’une différence physique, d’une pathologie, d’un handicap,
  • avoir une différence sociale, religieuse ou culturelle, être d’une origine ethnique différente, appartenir à une minorité sexuelle,
  • être un « trop » bon élève, être venu d’une école ou d’une classe différente, arriver dans un groupe déjà formé,
  • être simplement de tempérament introverti, timide, anxieux ou soumis.

Bien que ce ne soit pas le seul facteur, le style d’éducation que l’enfant reçoit joue un rôle. Il le rend plus ou moins susceptible d’être harceleur ou victime. Il l’arme plus ou moins bien pour s’en protéger.

Ce que vous pouvez faire concrètement en famille.

L’ambiance familiale.

Si, par exemple, on attend du plus grand qu’il s’efface toujours en faveur du petit dernier, ou si le respect des parents est associé à de la crainte, l’enfant se trouvera fragilisé et sera plus enclin à être impliqué dans une situation de harcèlement.

Une éducation équilibrée

La meilleure prévention consiste en une éducation qui combine de l’affection, des encouragements et une affirmation claire des limites. Ce style parental favorise la motivation de l’enfant pour la scolarité, lui donne de meilleures compétences relationnelles et un meilleur équilibre émotionnel. Apprenez à votre enfant que son consentement a une valeur. Cela contribuera aussi à le protéger de toutes formes d’abus par la suite.

Les rapports entre frères et soeurs

Le rapport entre les enfants d’une même famille a aussi un rôle important pour protéger les enfants du harcèlement scolaire. Il est nécessaire de vous assurer que les rapports entre vos enfants sont respectueux et bienveillants. Ils doivent savoir affirmer leurs besoins avec calme et assurance. Et ils doivent être capables de négocier au lieu de recourir à la violence.

Le dialogue

Discutez à la maison des émotions et des relations. Cela permettra à votre enfant d’apprendre à connaître ses émotions et à reconnaître celles des autre. Ainsi, il comprendra les enjeux, et il pourra s’exercer peu à peu à gérer ses relations avec ses camarades.

Favoriser le dialogue à la maison permet également de protéger les enfants du harcèlement scolaire. Cela permet à l’enfant d’envisager l’adulte comme un recours possible s’il est en difficulté. En effet, 10% des collégiens français admettaient être victimes de harcèlement en 2000, selon  Jean-Pierre Bellon et Bertrand Gardette. Mais il faut considérer qu’une grande proportion des victimes ne s’expriment pas sur leur situation. Ils ont peur des représailles, honte ou se sentent trop coupables pour le faire. Souvent, ils ne trouvent pas le soutien espéré lorsqu’ils se confient. Ils ont besoin d’avoir des adultes avec qui le dialogue existe et peut se faire en confiance. C’est donc essentiel en cas de harcèlement.

La vie sociale.

Développer une aisance relationnelle permet de protéger les enfants du harcèlement scolaire. Vous pouvez aider votre enfant développer ses amitiés. Encouragez-le à se faire des groupes d’amis dans les environnements qu’il fréquente. Par exemple à l’école, dans le quartier, dans la famille étendue, au sport, etc. Prévoyez de recevoir les amis de votre enfant à la maison dans un environnement agréable et rassurant.

Créez des relations avec les parents d’autres enfants. Par exemple, de la même école, du même club de gym ou du même quartier. Cela vous permettra d’être davantage au courant de ce qu’il se passe dans l’environnement de votre enfant. Cela favorisera la coopération au sein des groupes sociaux où votre enfant évolue. En cas de difficulté, ces relations vous permettront d’éviter certaines crises, ou d’intervenir rapidement si elles se présentent.

Comment repérer si mon enfant est harcelé ?

Les indices

Protéger les enfants du harcèlement scolaire, c’est aussi savoir en repérer les indices. Certains signes témoignent du mal être d’un enfant ou d’un adolescent. Si vous les remarquez chez votre enfant, il vous faudra déterminer la cause : harcèlement ou autre. Soyez alerté si votre enfant :

  • change de comportement
  • souffre soudain de maux de têtes, de nausées, de vomissements avant d’aller en cours
  • refuse d’aller à l’école
  • dort mal
  • a des problèmes d’anxiété
  • ne parle plus
  • s’isole
  • pleure souvent
  • s’inflige des automutilations
  • revient souvent avec des bleus ou des petites blessures qu’il explique par des incidents qu’il minimise : « c’est rien, je suis tombé du trottoir, j’ai glissé dans les escaliers, je me suis cogné… »
  • revient fréquemment avec des affaires manquantes ou dégradées
  • ses notes baissent soudainement

Comment réagir ?

Si vous remarquez ces modifications de comportement, tentez de dialoguer avec votre enfant à ce sujet. Montrez lui que vous êtes à son écoute, et surtout montrez-lui que vous le croyez.

Tenez compte du fait qu’il a peut-être peur ou honte, ou qu’il se sent coupable. Donc si vous attaquez de front en demandant « est-ce que tu est harcelé à l’école », vous avez peu de chance d’avoir une réponse honnête. Si ses affaires sont dégradées par exemple, demandez-lui plutôt ce qui est arrivé, pourquoi c’est arrivé, si ça arrive souvent. Allez aussi visiter son compte Facebook et vérifiez s’il reçoit des insultes.

Gardez malgré tout assez de recul pour distinguer un harcèlement véritable de simples agressions ponctuelles ou de déceptions émotionnelles. Ces blessures de nature différentes demandent une réponse différente.

Agir pour protéger votre enfant

Si vous êtes convaincu qu’il s’agit de harcèlement, il est nécessaire de prendre contact avec l’école.

Afin de vous guider, vous pouvez utiliser le livre de Nora Fraisse. A la suite du suicide de sa fille de 13 ans, elle a créé l’association « Marion la main tendue ». Son but est de lutter contre le harcèlement scolaire. Elle a édité un petit guide qui réunit tous les conseils utiles pour gérer ce type de situation.

Vous pouvez aussi prendre contact avec les lignes d’écoute gouvernementales :

  • le 3020 qui est un numéro vert gratuit disponible de 09H00 à 18H00 du lundi au vendredi.
  • le 0 800 200 000 numéro vert « net écoute » pour les cas de cyber-harcèlement

Dans la suite de cet article, ci-dessous, nous allons voir comment prévenir le harcèlement dans le cadre de l’école. En attendant, si vous aimez cet article, inscrivez-vous à la newsletter pour être informé des prochains !

    Protéger les enfants du harcèlement scolaire à l’école.

    L’école et le harcèlement

    La circulaire n° 2013-100 du 13 août 2013 Prévention et lutte contre le harcèlement à l’École donne comme définition du harcèlement scolaire :

    « Un élève est victime de harcèlement lorsqu’il est soumis de façon répétée et à long terme à des comportements agressifs visant à lui porter préjudice, le blesser ou le mettre en difficulté, de la part d’un ou plusieurs élèves ».

    La France a déployé un plan national pour protéger les enfants du harcèlement scolaire. Voici la mouture de 2019 : les dix nouvelles mesures contre le harcèlement scolaire.

    Le harcèlement scolaire est un phénomène de groupe qui n’a lieu que si le contexte le permet. Or il semble que le contexte scolaire rende possible le harcèlement scolaire dès les petites classes. Environ un quart des enfants de primaire déclarent avoir été l’objet de harcèlement. Ce chiffre est de 10% au collège.

    Attention, ces chiffres sont à regarder comme le sommet d’un iceberg dont la partie cachée est bien plus conséquente. Une étude irlandaise évalue à 65% les cas de harcèlement qui ne sont pas découverts.

    Les chercheurs classent généralement le harcèlement en trois catégories :

    • physique : on pince, on frappe, on fait des croche-pieds, on tire les cheveux ou les oreilles, on retourne les doigts, on oblige la victime à avaler des choses dégoûtantes, on lui fait des attouchements, on la déshabille… Il semble que l’imagination des harceleurs soit sans limite !
    • verbal : on insulte, on humilie, on dévalorise.
    • psychologique : on dégrade son matériel ou on le vole, on fait courir des rumeurs sur la victime, on la rejette et on la maintient dans l’isolement à l’écart du groupe, on la menace, on l’intimide, on la rackette, on publie des photos embarrassantes ou des informations humiliantes sur les réseaux sociaux.

    Les réactions des adultes non formés

    Malheureusement, les adultes ont trop souvent tendance à échouer pour protéger les enfants du harcèlement scolaire. Une réaction commune est d’ignorer ce qu’ils considèrent comme des « histoires de gosses ». On ne prend pas au sérieux les plaintes. Parfois même on sanctionne la victime si elle se plaint trop souvent ou trop fort.

    La victime est fréquemment mise en cause : trop sensible, pas assez combative, elle doit « apprendre à se défendre ». Il arrive même que les adultes prolongent le harcèlement. Ils font des remarques désobligeantes à la victime par la suite. Par exemple, « tu n’as personne à dénoncer, ce matin ? » ou « je ne vais pas te demander ça, sinon, tu vas ENCORE aller te plaindre. »

    La victime se retrouve donc dans une situation de souffrance qui lui est imposée. Elle ne peut pas y échapper sans aide. Pourtant, elle n’a aucun recours.

    Protéger les enfants du harcèlement scolaire : quelles solutions ?

    Si le phénomène a été identifié dès les années 1970 dans les pays scandinaves, la France a attendu 2011 pour le reconnaître et le prendre en compte. Lors de la prise de conscience de ce phénomène, différents pays ont tenté des stratégies variées.

    Les solutions qui ne marchent pas.

    Pour protéger les enfants du harcèlement scolaire, les réactions intuitives sont rarement les bonnes. Les premières mesures mises en places ont montré peu de résultat, voire même ont empiré la situation.

    La répression.

    La première réaction, en France comme dans les autres pays, a été de prendre des mesures pour punir les harceleurs. En 2012 en France, des recours judiciaires deviennent possibles à l’encontre des harceleurs si les victimes portent plainte. Mais plusieurs études ont montré que sanctionner les harceleurs ne résout pas le problème, au contraire. Cela renforce l’agresseur dans son rôle et consolide les liens du groupe harceleur. La stratégie Zéro tolérance ne fonctionne pas, voire est contreproductive.

    Les établissements ont également :

    • informé les élèves du phénomène,
    • inclut des nouvelles règles plus sévères dans le règlement intérieur,
    • organisé la surveillance des lieux de l’école où cela pouvait se dérouler, comme les couloirs ou les toilettes.

    Mais les harceleurs sont maîtres dans l’art de camoufler leurs actes. Les élèves témoignent du fait que ces nouvelles mesures n’empêchent pas le phénomène.

    Médiation par les pairs.

    Certains établissements ont tenté de responsabiliser les élèves pour qu’ils interviennent eux-mêmes sur les situations de harcèlement. Selon une méta-analyse réalisée par Maria M. Ttofi et David P. Farrington, cela peut augmenter le risque de harcèlement. En effet, les élèves qui tentent d’intervenir n’ont pas le recul des adultes. Ils sont exposés à prendre l’agresseur comme modèle, soit par fascination, soit pour ne pas en devenir eux-mêmes la victime.

    On se serre la main et c’est réglé.

    Parfois, on confronte la victime à son agresseur en présence d’un adulte. On leur demande de « faire la paix », avant de les renvoyer dans la cour de récréation. Ensuite, la victime souffre de représailles, et cesse de solliciter l’aide des adultes. Par conséquent, ces derniers ont l’impression d’avoir réglé le problème de cette manière. En fait, ils ont simplement verrouillé le piège autour de la victime. De plus, ils sont certains de ne plus être dérangés à ce sujet !

    La dénonciation.

    Pour protéger les enfants du harcèlement scolaire, on demande aux enfants témoins de dénoncer la situation. En supposant qu’on prenne la précaution de leur expliquer la différence entre délation et assistance à personne en danger, deux inconvénients demeurent :

    • elle transfère à nouveau la responsabilité de la situation des adultes vers les enfants
    • elle ne prend pas en compte le fait que la relation de harcèlement est en fait triangulaire. En effet, les témoins ne peuvent pas être des simples observateurs neutres. Ils participent passivement du harcèlement. Ils peuvent subir la fascination qu’exerce le harceleur, ou devenir otages de la peur qu’il fait régner.

    De plus, il faut tenir compte de l’effet de groupe. Quand une personne seule est témoin d’un harcèlement, il y a plus de probabilité qu’elle intervienne que si les témoins sont en groupe. Or, à l’école, les témoins sont généralement un groupe. Ils ont alors le sentiment que leur responsabilité est diluée, et chacun attend qu’un autre intervienne. Finalement, personne n’agit et la situation perdure.

    Tous n’auront donc pas la formidable force de caractère nécessaire pour dénoncer le harcèlement. Et s’ils le font, cela les expose à des représailles et les met en situation dangereuse. En effet, le harceleur ou le groupe harceleur risque de les prendre pour cible à leur tour.

    Protéger les enfants du harcèlement scolaire : les solutions qui marchent.

    Créer un climat positif dans l’école.

    Comme nous l’avons dit plus haut, le harcèlement est un phénomène de groupe rendu possible par un climat particulier. La méthode de prévention la plus efficace consiste donc à faire évoluer le climat de l’école.

    Quelques clés pour développer une culture de groupe saine dans l’école :

    • La promotion d’un environnement rassurant, encourageant et respectueux par les responsables de l’école. Ils doivent s’engager personnellement et publiquement dans le projet. Ils peuvent s’appuyer sur les textes officiels, les lois et le règlement. Mais le fait d’initier le changement et d’incarner au quotidien les comportements souhaités est indispensable.
    • L’implication de tous les acteurs : élèves, parents, enseignants, personnel de l’établissement, voire maire de la commune. Les adultes doivent servir de guide et de modèles à leurs élèves. Cela se met en place à travers le développement d’un enseignement de qualité sur le Vivre Ensemble. L’exemplarité quotidienne de chacun et la qualité des relations interpersonnelles entre eux et avec les élèves est indispensable.
    • Le développement d’outils spécifiques adaptés avec les élèves. On peut construire un code de conduite et promouvoir des valeurs communes comme la coopération. Les enseignants peuvent travailler la résolution de conflits, et les règles du débat. On peut élaborer en commun des règles de vie de la classe.
    • La formation des adultes de l’école. Ils doivent savoir détecter rapidement les situations malsaines sans les éviter ou les minimiser. Et y remédier de manière adaptée avec discernement et professionnalisme.
    • La création d’un outil de mesure. Il faut pouvoir de constater objectivement l’amélioration du climat au sein de l’école et la diminution des comportements nocifs. Cet outil devrait être interne à l’école, et pas consister d’un comptage des récriminations parentales. Un sondage anonyme et régulier parmi les élèves est une solution viable.

    Développer les compétences sociales des enfants

    Le professeur Diana Divecha est Docteur en psychologie du développement et elle s’est intéressée de près au harcèlement scolaire. Elle a établi une liste des compétences à cultiver chez les enfants  :

    • Changer d’amis sans accuser ou exclure les anciens
    • Résoudre leurs conflits sans avoir recours à la violence
    • Gérer leurs émotions
    • Accueillir et inclure
    • Connaître la différence entre s’amuser et se moquer
    • Aider ceux qui sont vulnérables
    • S’affirmer sans écraser l’autre
    • Voir les autres réussir ou recevoir de la reconnaissance sans se sentir lésés
    • Avoir des amis proches au sein de groupes plus vastes de copains
    • Savoir exprimer leurs besoins de manière constructive
    • Se préoccuper de tous, pas seulement de leurs amis
    • Repérer et contrer l’influence du monde extérieur sur ce qui se passe dans l’école
    • Etre capable d’empathie sans se livrer totalement
    • Gérer les sentiments changeants de l’attraction sexuelle naissante

    Non seulement l’acquisition de ces compétences leur permettra de travailler dans un climat plus sain et favorable aux apprentissages, mais cela les aidera tout au long de leur vie professionnelle et personnelle.

    La méthode de la préoccupation partagée

    Cette méthode ne relève pas de la prévention, mais elle est curative. Elle s’inspire de ce qui a été mis en place en Suède. Son inventeur est Anatol Pikas, professeur en psychologie de l’éducation. Selon lui, le harcèlement scolaire est un phénomène de groupe, et il propose de le traiter comme tel.

    Il met en place des entretiens avec les membres du groupe harceleur individuellement. Le but est de développer chez eux une préoccupation pour la victime. Ils sont amenés à chercher des solutions pour que la situation cesse. Les harceleurs ne sont ni blâmés ni punis. Mais ils sont mis en situation de devoir résoudre le problème qu’ils ont créé.

    En parallèle, des entretiens sont menés avec la victime afin de l’aider à accepter les nouveaux comportements des membres du groupe qui la harcelaient. Jean-Pierre Bellon, qui a proposé cette méthode en France, affirme que plus de 70% des cas de harcèlement sont résolus de cette manière.

    Sensibiliser les témoins

    Protéger les enfants du harcèlement scolaire est devenu une priorité en Finlande. En 2007 et 2008, des victimes de harcèlement ont littéralement pris les armes pour punir leurs harceleurs. Ces tueries ont traumatisé le pays. La lutte contre le harcèlements scolaire est devenu une priorité. C’est ainsi que la méthode KiVa a été mise au point. Il s’agit se sensibiliser les élèves au fait que les témoins sont partie prenante dans le harcèlement.

    « Ce sont des formations remarquables, qui obtiennent des taux de résolution de 85%. Dès 8 ans, quand tout se joue, les élèves apprennent à reconnaître les émotions des autres – peur, colère, tristesse… – et à identifier les conséquences de leurs actes sur autrui. Car souvent, le gamin qui se livre à des brimades sur un camarade n’a même pas conscience de ce qu’il fait », expliquait, en 2013, Bertrand Gardette, co-auteur du livre « Harcèlement et brimades entre élèves – La face cachée de la violence scolaire ».

    Le programme finlandais nommé KiVa a reçu le premier prix aux European Crime Prevention Awards en 2009. Professeure Christina Salmivalli de l’Université de Turku, Finlande, a consacré avec son équipe 20 années de recherches au problème du harcèlement scolaire. Elle a pu démontrer le rôle fondamental joué par les témoins : le témoin ne peut pas être neutre. Inconsciemment, il se place du côté de la victime ou du côté de l’agresseur.

    De plus, elle a établi que l’empathie éventuellement ressentie par les témoins à l’égard de la victime n’est pas suffisante pour empêcher le harcèlement. Il est nécessaire d’équiper préalablement les enfants avec des stratégies efficaces et sans danger. Pour cela, elle affirme qu’un pack de matériel pédagogique est nécessaire. Mais qu’il est aussi indispensable d’obtenir une organisation spécifique de tout le personnel scolaire. Ce dernier doit être formé aux réactions à avoir en cas de harcèlement.

    Quelques ingrédients du programme KiVa :

    • une boite mail en ligne qui permet aux élèves de signaler le harcèlement qu’ils subissent ou dont ils sont témoins
    • des sondages en ligne pour les élèves
    • des enseignements spécifiques pour les élèves
    • une formation spécifique pour les enseignants
    • des jeux vidéos anti-harcèlement : mis en situation, l’élève choisit l’une des réactions possibles, et il en observe les conséquences. Le jeu lui apprend aussi comment s’occuper de la victime et le fait réfléchir à ce qu’il peut lui dire. Cela cultive l’empathie chez les élèves.
    • une formation des parents à travers des rencontres spécifiques avec les enseignants
    • un site web dédié à l’intention des parents
    • des exercices théâtralisés pour les élèves qui sont amenés à jouer chacun des rôles
    • en cas de harcèlement avéré, des enseignants formés conduisent des entretiens avec les harceleurs. Le but est de les amener à modifier leurs comportements. Et ils voient aussi les victimes pour les aider à dépasser la situation

    Image extraite d’un jeu vidéo anti-harcèlement de KiVa.

    La plupart des enfants harceleurs le sont afin d’affirmer leur pouvoir et obtenir de l’admiration. Concentrer l’attention sur la victime retire ce bénéfice au harceleur. Cela créé une culture où le harcèlement devient socialement inacceptable.

    Protéger les enfants du harcèlement scolaire pour éviter des conséquences à vie

    Vivre une situation de harcèlement scolaire n’est pas anodin, même si vous n’en êtes pas la victime. Les conséquences sur la vie d’adulte sont importantes. Tous les enfants qui ont été impliqués dans une situation de harcèlement pendant leurs années d’écoles en portent les séquelles. Qu’ils aient été victime, agresseur ou témoin, ils ont statistiquement une moins bonne santé, un niveau d’études inférieur et une moins bonne insertion sociale en tant qu’adultes que ceux qui ont échappé au phénomène.

    Les victimes

    Une étude a montré que ceux qui avaient été victimes de harcèlement dans l’enfance deviennent des adultes en moins bonne santé, moins bien insérés dans la société, et avec moins de revenus que les autres. Pour certains, les conséquences peuvent être invalidantes, sous la forme de dépression, de phobie sociale ou de troubles post-traumatiques. D’autres supportent des séquelles à vie, comme un manque de confiance en eux ou des troubles anxieux.

    Ceux qui ont été victimes, et qui ont ensuite harcelé d’autres enfants, subissent un résultat plus grave encore. Ils ont une probabilité plus élevée de souffrir d’une maladie grave ou d’un problème psychiatrique, de fumer et d’avoir un système immunitaire déficient.

    Les harceleurs

    Selon une étude menée par Dan Olweus, environ 40% des « petits durs » de 13 à 16 ans sont coupables de 3 crimes avant l’âge de 24 ans, contre 10% seulement pour les autres garçons. Autrement dit, les harceleurs ont quatre fois plus de risques que les autres de perpétrer des crimes sérieux. Ils ont également une plus grande probabilité de devenir dépendants de l’alcool ou de produits stupéfiants.

    Ignorer leurs agissements en tant que harceleurs pendant l’enfance, c’est laisser de côté une opportunité de prévention de comportements anti-sociaux à l’age adulte. C’est donc les laisser nuire à d’autres et à eux-mêmes.

    Les témoins

    Être témoin d’un harcèlement est également traumatisant. En devenant adultes, les témoins souffrent d’anxiété, de peur et de culpabilité, et développent des problèmes semblables à ceux des victimes.

    En conclusion

    La meilleure stratégie contre le harcèlement scolaire, c’est bien sûr, la prévention. Une éducation parentale ferme et encourageante. Une ambiance scolaire saine. Des instructions claires sur ce qu’il faut faire dans ce cas. Et des adultes qui prennent au sérieux les souffrance exprimées par les enfants.

    La pire chose que peut vivre un enfant harcelé, c’est d’appeler un adulte à l’aide et d’être ignoré, voire sanctionné par lui. Les « histoires de gosses », c’est parfois très grave. Soyez donc à l’écoute des enfants. Gardez aussi les pieds sur terre pour être capable de faire la part des choses. Le monde dans lequel ils évoluent est loin d’être idéal. Mais s’ils ont un recours sérieux et une aide réelle, ils pourront dépasser cette épreuve.

    De plus, en tant que parent ou en tant qu’enseignant, vous pouvez devenir force de proposition. Pourquoi ne pas imaginer un projet anti-harcèlement dans votre école ou votre collège ? Cela ne pourrait que promouvoir une ambiance plus propice aux apprentissages. La méthode KiVa a n’a pas seulement démontré une réelle efficacité contre le harcèlement. Elle a aussi engendré une réduction de l’anxiété et de la dépression parmi les élèves. Et elle a permis une augmentation de leur goût pour l’école, de leur motivation et de leurs résultats scolaires.

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      Image par Hans Kretzmann – Pixabay