Tomber amoureux sans se faire mal

Tomber amoureux sans se faire mal

27/02/2020 1 Par Stéphanie

Comment tomber amoureux sans se faire mal ?

Votre cœur bat la chamade, vous avez des papillons dans l’estomac, vous n’arrivez pas à penser à autre chose, il ou elle vous manque… bref, vous êtes amoureux ou amoureuse. La plupart d’entre nous adorons être dans cet état : on se sent intensément vivant, donc on en redemande, encore et encore ! Nos barrières tombent et on fonce, tête baissée et cœur palpitant.

Mais d’autres voient arriver cette tourmente du cœur comme une guigne, car ils sont bien conscients qu’il y a là une forte probabilité de souffrance. Ils se retirent, se protègent, et évitent soigneusement de s’exposer à cet ouragan, quitte à voir leur pulsion vitale se dessécher petit à petit.

Et pourtant, entre le tout et le rien, il y a moyen de trouver un chemin que vous pouvez suivre sans crainte de finir dans le précipice ou dans le mur. Certes, il demande un certain sens de l’équilibre, mais il vaut bien la peine d’être emprunté !

La biochimie de l’état amoureux.

Vous venez de croiser l’élu(e) de votre cœur. L’hormone du stress, l’adrénaline, fait battre votre cœur plus vite. 12 aires de votre cerveau s’activent et se coordonnent pour produire de la dopamine et de la vasopressine qui vous rendent euphorique, et de l’ocytocine, l’hormone de l’attachement affectif. Vous produisez également de la testostérone qui attise le désir sexuel.

Ces hormones, dites « du bonheur » activent notre système de récompense. C’est pourquoi nous n’avons qu’une envie, c’est de recommencer. L’effet plaisir apporté par ces hormones est tellement puissant que certains scientifiques le compare à celui produit par la cocaïne. Nous recherchons donc la présence de la personne qui nous permet de ressentir cette vague de bonheur, et son absence génère un véritable phénomène de manque biochimique.

S’ajoute à ce cocktail la baisse du niveau de sérotonine, qui atteint un niveau aussi bas que chez une personne névrosée obsessionnelle. Pour cette raison, nous ne parvenons plus à penser à autre chose qu’à la personne dont nous sommes amoureux.

Au premier rapport sexuel, une hormone nommée lulibérine prend le relais de la testostérone. C’est elle qui donne envie de poursuivre le rapport sexuel jusqu’à l’orgasme. Notre cerveau est alors baigné d’endorphines et d’ocytocine. Plus on fait l’amour, plus on s’attache à notre partenaire, plus on mémorise que c’est lui qui nous procure cette béatitude, et donc, plus on recherche sa présence.

Dans l’état amoureux, le stress occasionné à l’organisme est tel que le neurologue Antonio Damasio n’hésite pas à le qualifier de «lésion cérébrale à court terme».

Et dans notre tête, ça fait quoi ?

En présence de l’autre, on ressent une extrême plénitude. Cet état est si intense et si satisfaisant que nous n’avons de cesse de réunir les conditions nécessaires pour le vivre à nouveau. Or, notre mémoire associe ce sentiment à notre partenaire. Ainsi nous devenons dépendant de lui car nous pensons qu’il est indispensable à notre plénitude. C’est la passion amoureuse.

Il peut en aller de même dans d’autres domaines que l’amour. Par exemple, imaginons que  nous avons un cruel manque de reconnaissance. Un jour, notre travail nous apporte un moment de reconnaissance intense qui comble ce manque et nous donne une impression de profonde plénitude. A cet instant, nous mémorisons que notre travail nous apporte la plénitude. Par la suite, notre travail est le moyen par lequel nous allons tenter à nouveau d’atteindre la plénitude. Il devient notre passion.

Cette étape correspond à une sorte « d’état de grâce » où la relation nous semble idyllique, où l’on ne voit pas les défauts de l’autre, et où on ignore tout ce qui pourrait contrarier la relation. Elle peut durer de quelques mois à 4 ans, selon Lucy Vincent, neurobiologiste, auteur de Petits arrangements avec l’amour. Elle explique qu’il s’agit d’une période d’illusions qui dure le temps nécessaire pour concevoir un enfant et l’amener à un minimum d’autonomie.

Comment tomber amoureux sans se faire mal ?

Lorsque nous sommes dans cette phase passionnelle, nous sommes en état de dépendance affective et biochimique. Si la relation se rompt à ce moment, pour nous, c’est la fin du monde. La souffrance est telle qu’elle nous semble éternelle et insurmontable.

C’est pour cette raison que certaines personnes développent des stratégies pour éviter de prendre le risque d’être amoureux, et éviter ainsi le risque de souffrir. Mais ce choix est tout aussi délétère que de foncer tête baissée car il nous condamne à ne pas vivre.

Comment vivre cette période en limitant des risques de souffrir ?

Cultiver sa lucidité pour tomber amoureux sans se faire mal.

Nous ne tombons pas amoureux parce que nous avons enfin rencontré l’homme idéal ou la femme parfaite. Nous tombons amoureux parce que nous avons en nous un vide, un manque, et que nous pensons que l’autre va le combler et nous apporter la plénitude. Pendant cette période, nous sommes surtout amoureux de notre état amoureux. Notre partenaire n’est alors qu’un prétexte que nous utilisons pour ressentir l’état qui vient combler ce vide en nous.

L’origine de cet état amoureux est en nous, pas en l’autre. En être conscient et se le rappeler régulièrement permet de garder un certain recul. Car en effet, si cet état dépend de nous, l’autre n’est pas notre unique chance de toucher la plénitude. Ça serait certes bien que ça marche avec ce partenaire, mais il n’est pas notre seule chance. Ce sera à nouveau possible un jour dans notre vie. Le perdre sera alors douloureux, mais ce ne sera pas la fin du monde pour nous.

Lutter contre l’obsession pour tomber amoureux sans se faire mal

L’état amoureux fait que nos pensées tendent à chaque instant vers l’être aimé. Il devient l’unique pourvoyeur de notre bonheur et nous désinvestissons tous les autres domaines de notre vie. Or, ce sont précisément ces autres domaines qui constituent notre capacité de résilience.

Donc, si vous êtes amoureux, gardez de la place dans votre vie, dans votre cœur et dans votre emploi du temps pour vos enfants, vos amis, votre famille et votre travail. Faites un effort particulier pour organiser des rencontres avec ces personnes, et pendant ces rencontres, concentrez-vous sur eux. Ne parlez pas et ne pensez pas qu’à votre amour. Vos enfants, vos amis, votre famille et vos collègues méritent votre attention et votre temps. Donnez-leur.

Vous recherchez la plénitude dans votre relation amoureuse, intensément. Mais remarquez que vous en ressentez aussi un peu, de manière moins intense, certes, mais plus stable, avec ces autres gens qui font partie de votre vie. Votre travail aussi peut vous apporter des satisfactions. Remarquez-les. Appréciez-les. Et prenez conscience qu’en l’absence de relation amoureuse, ces petits bonheurs comblent aussi une partie du vide existentiel. Ainsi, vous ne misez plus tout sur l’être aimé.

Aimez la réalité pour tomber amoureux sans se faire mal

L’état amoureux est un état fondé sur le fantasme. Il n’appartient pas au monde réel, mais à l’imagination. Il est important de garder un pied dans la réalité en faisant un effort conscient pour remarquer les choses qui s’y trouvent et qui vous sont agréables ou qui assurent votre stabilité.

Par exemple, jouez avec vos enfants et appréciez de les entendre rire et de les sentir vous sauter au cou. Pensez comme ils vous sont précieux. Caressez votre chien et regardez ses yeux remplis d’amour inconditionnel se tourner vers vous. Visitez votre logement et imaginez ce que serait votre vie sans logement. Concentrez-vous sur votre travail, et pensez aux succès que vous avez eus, à la carrière que vous voulez mener, ou tout simplement à l’importance qu’il a pour vous et pour les autres. Regardez la nature autour, et rappelez-vous qu’elle est en danger, et qu’il faut l’apprécier tant qu’on peut le faire. Toutes ces choses sont importantes aussi, pas seulement votre relation amoureuse.

Soyez philosophe pour tomber amoureux sans se faire mal

Avant votre rencontre amoureuse, votre vie avait-elle un sens ? Passiez-vous tout votre temps à attendre cet amour précisément ? Dans ce cas, je vous recommande de consulter un thérapeute. Ou avez-vous réalisé des choses qui faisaient sens pour vous ? Dans ce cas, vous savez que votre vie a un sens, indépendamment de l’amour que vous ressentez pour cette personne.

On entend souvent dire qu’on a besoin d’aimer et d’être aimé pour vivre. En effet, nous sommes des animaux sociaux, et l’absence de tout lien social constitue une véritable souffrance. Mais ces liens peuvent être d’autre nature que l’état amoureux. La plupart d’entre eux le sont : amour parental, amitié, loyauté, complicité, respect, bienveillance, etc. On peut même utiliser des liens moins agréables comme la revanche ou la colère.

Le lien amoureux n’est pas indispensable pour vivre. Beaucoup de personnes parviennent à avoir une vie épanouie sur une longue période sans lien amoureux. Si c’est possible pour eux, c’est possible pour vous.

En conclusion

A présent que vous savez préparer votre parachute, allez-y, tombez amoureux ! Profitez pleinement de ce moment d’intensité dans votre vie. Qui sait, cela débouchera peut-être sur une relation longue. Mais pour cela, il y a encore de nombreux obstacles à passer. Nous en parlerons la semaine prochaine !

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